12 Décembre
Reprenons aujourd’hui le fil du récit biblique de Noël avec cette Nativité, créée vers 1643 par Philippe de Champaigne. D’origine bruxelloise, le peintre arriva à Paris en 1621. Proche de Nicolas Poussin, il s’imposa rapidement auprès de la cour, participant notamment à différent chantiers royaux, dont celui du palais du Luxembourg pour Marie de Médicis. Il devint également le portraitiste attitré du cardinal de Richelieu. Son œuvre, austère au premier abord, se distingue par une remarquable finesse psychologique et par une profonde intensité spirituelle.
Philippe de Champagne nous offre une interprétation très sobre de la Nativité, réduite à l’essentiel : Jésus est allongé dans la mangeoire d’une étable. Éveillé, son expression est solennelle tandis qu’un halo de lumière émane de son visage, éclairant toute la scène. Il est entouré de ses parents, Marie et Joseph, coiffés quant-à-eux d’auréoles discrètes. Conformément à l’Evangile selon saint Luc, l’Enfant est emmailloté : « Et elle mit au monde son fils premier-né ; elle l’emmaillota et le coucha dans une mangeoire, car il n’y avait pas de place pour eux dans la salle commune » (2:7). Toutefois, cet usage reflète aussi les pratiques du XVIIᵉ siècle : on pensait alors que serrer un nourrisson dans des langes favorisait la bonne formation de ses membres…
A l’arrière-plan à gauche, telle une vignette, un ange nimbé de lumière annonce la naissance du Christ à quelques bergers médusés. Il est intéressant de noter que l’artiste renonce toutefois à introduire bergers et rois mages à la scène principale. Ce choix, rare dans la peinture du XVIIᵉ siècle, démontre l’influence spirituelle du cardinal de Bérulle, fondateur de l’église de l’Oratoire à Paris, qui encourageait une méditation centrée sur l’humilité de l’Incarnation et sur l’adoration silencieuse de l’Enfant Jésus. Or, le tableau fut justement commandité par Jacques Tubeuf, surintendant des finances, pour orner l’autel de sa chapelle dans l’Oratoire.
Conformément à cette simplicité, seuls un bœuf et un âne (à peine visible dans l’ombre de l’étable) assistent à l’heureux événement. Mais pour marquer l’importance de la scène, le registre supérieur est peuplé d’une nuée d’anges et de chérubins, flottant dans les airs. Marie, vêtue de bleu et de rouge, contemple Jésus dans un recueillement serein ; Joseph, qui revêt un manteau jaune (la troisième couleur primaire), a le visage détourné, comme s’il n’osait regarder directement le Messie. Au premier plan, une gourde et un bâton évoquent le fait que cette naissance n’est qu’une étape dans le périple de la Sainte Famille venue se faire recenser à Bethléem, mais aussi, symboliquement, celui du destin du Christ.
vos commentaires sont précieux et me font découvrir autrement cette peinture….
Oui, une scène représentée sobrement, avec le contraste de l’exubérante représentation des anges. À mes yeux, le drapé est rendu magnifiquement, avec précision. Et merci pour vos commentaires qui m’éduquent bien.