13 Décembre
« La voie qui mène à l’art passe par la nature et l’attitude que nous avons envers elle », écrivait Anna-Eva Bergman en 1950. Cette citation résonne parfaitement avec Montagne transparente, une œuvre créée quelques années après un voyage qu’effectua la peintre franco-norvégienne en 1964 aux côtés du peintre Hans Hartung. Grand amour de sa vie, elle épousa ce dernier à deux reprises, d’abord à l’âge de vingt ans en 1929, puis en 1957, après dix-huit ans de séparation, motivés notamment par la nécessité que ressentait Anna-Eva Bergman de trouver son identité propre en tant qu’artiste.
Dans les années 1950, suite à un voyage en Norvège, elle parvint à forger son langage pictural propre, constitué de formes simples, inspirées par les paysages nordiques et méditerranéens : pierres, lunes, planètes, arbres, ou encore montagnes. Conjuguant feuilles de métal et peinture, sa volonté ne fut jamais de reproduire la nature, ni de s’en détacher complètement. Elle parlait, à propos de son œuvre, de « l’art d’abstraire », à savoir d’extraire l’essentiel du paysage.
Son voyage de 1964, le long des côtes norvégiennes et jusqu’au cap Nord, marqua fortement Anna-Eva Bergman, qui en ramena de nombreuses photographies. Marquée notamment par le jour polaire, elle décrivit « le plus merveilleux des soleils pendant toute la nuit », ajoutant : « Les montagnes semblent transparentes, plus rien n’a d’épaisseur. Tout est comme une vision, une possibilité non encore réalisée. Si l’on veut peindre cela, il faut trouver l’expression qui suggère l’atmosphère… En aucune façon naturaliste. »
C’est précisément ce défi que la peintre relève ici. La montagne s’impose comme une grande forme monumentale mais évanescente. L’usage de la feuille de métal, matériau signature de son œuvre, crée une surface vibrante dont les reflets changent selon la lumière. Bergman travailla à même le métal – grattant, polissant, incisant – créant ainsi des stries et aspérités, tandis que les traces de pinceau, glacis et coulures bleues évoquent un relief à la fois stable et flottant, comme si les contours du monde se dissolvaient dans une immensité glacée.
Entre minéral et lumière, Anna-Eva Bergman cherche moins à représenter un paysage qu’à en offrir une transcription symbolique et à en partager sa propre expérience intime. Son œuvre témoigne de son rapport spirituel au monde, nourri autant par les mythes anciens que par les découvertes scientifiques et astronomiques de son temps. Montagne transparente en est l’un des plus beaux exemples : un paysage mental, silencieux et cosmique, où l’espace devient une expérience sensorielle et presque métaphysique.
Merci chère Charlotte pour votre choix stimulant et exigeant ! Cela donne envie d’en savoir davantage sur cette artiste mais aussi sur la peinture abstraite qui se livre rarement dès le premier regard…
Merci beaucoup pour votre commentaire! C’est vrai qu’il faut des lunettes différentes pour regarder la peinture abstraite.
Merci Charlotte pour cette oeuvre et votre analyse qui m’en apprend plus sur cette peintre que j’avais découverte lors d’une exposititon au Musée d’Art Moderne. J’avais été touchée par la grande sensibilité qui transparaît de ses oeuvres et celle-ci confirme ma première impression.
Heureuse que vous ayez vu la très belle exposition du MAM ! ses œuvres sont mieux encore en vrai, évidemment. Merci Elisabeth !
Encore une belle découverte pour moi. Je ressens bien l’effet de transparence.
Merci Odile ! je trouve aussi, et je ressens fortement le froid en regardant la surface aussi!