15 Décembre
Aujourd’hui, direction les Etats-Unis pour découvrir cette œuvre créée par les Hopi (significant « pacifique »), un peuple américain indigène implanté sur les hauts plateaux désertiques du nord-est de l’Arizona. Cette étonnante figurine, sculptée à la fin du XIXᵉ siècle dans une racine de cottonwood (peuplier des plaines) est une poupée Kachina, représentant un katsina. Chez les Hopi, les katsinam (dérivant de ka « respect » et china « esprit ») sont des êtres spirituels bienveillants, des forces vitales qui président aux phénomènes naturels, à la croissance des plantes, aux animaux, à la santé ou encore aux cycles saisonniers. Ils ne sont pas des dieux, mais des messagers : ils portent les prières des humains et assurent la continuité de la vie dans un environnement aride, où l’agriculture n’a jamais cessé d’être fragile.
Selon la tradition, les katsinam venaient autrefois rendre visite au peuple Hopi en personne, en servant d’intermédiaires entre le monde divin et le monde terrestre. Aujourd’hui encore, ils arriveraient sous forme de nuages, descendant des montagnes ou jaillissant de la terre lors du solstice d’hiver, moment où la lumière renaît et où la terre, encore endormie, annonce la préparation des futurs semis. Cette fête d’entrée dans la saison rituelle porte le nom de Soyalangwu. À partir de cette date, cérémonies et danses se succèdent entre décembre et juillet. A ces occasions, les esprits sont incarnés par des hommes hopi qui revêtent des masques et costumes pour reproduire fidèlement l’apparence des katsinam.
Les poupées kachina sont remises lors de ces cérémonies à des enfants, des jeunes filles ou des femmes, constituant une mémoire durable de ces performances éphémères. Elles ne sont pas des jouets, mais ont une fonction éducative et rituelle. Offertes lors de certaines cérémonies, elles servent à enseigner aux non-initiés, notamment aux enfants, les identités, attributs et rôles des différents esprits. À ce titre, elles peuvent être comparées à de véritables outils pédagogiques, transmettant les connaissances religieuses et culturelles de manière visuelle. Cette sculpture en particulier représente Kokopol, ou Kokopelli, un esprit joyeux, associé à la musique et à la fertilité. Il arbore ici ses éléments distinctifs : un long appendice facial strié, un vaste casque peint de motifs géométriques et une plume sur la tête. Il porte également un hochet dans sa main droite. L’ensemble renvoie à son rôle d’intercesseur et à sa dimension féconde et bienveillante.
La saison hivernale occupe une place essentielle dans cet univers spirituel. C’est en décembre, au cœur de l’hiver, que les katsinam reviennent parmi les Hopi, renouvelant symboliquement l’alliance entre humains, nature et esprits. Les poupées reçues en cette période rappellent que, même dans le froid et l’obscurité, les forces vitales du monde sont de retour, porteuses de pluie, de croissance et d’espoir.
Encore une belle découverte pour moi, et vous expliquez le contexte clairement 🙂 Elle donne bien envie de jouer avec mais je note que ce n’est pas un jouet. Fin du XIXeme siècle, c’est assez recent. Et si je comprends bien, il doit y en avoir de plusieurs formes, couleurs et matériaux 🙂
Merci Odile pour votre commentaire: oui, il y a plein de poupées différentes. Pour vous donner une idée, vous pouvez faire une recherche dans les bases de données de musées américains, comme ici avec le Metropolitan Museum de New York: https://www.metmuseum.org/art/collection/search?material=Katsina
: D une belle collection, j’aime bien beaucoup. Merci
Il y avait l’année dernière une oeuvre inuit qui m’avait beaucoup émue… Celle-ci m’a rappelé celle-là. Merci pour tant de diversité!
Merci Fabienne pour ton commentaire! c’est vrai, je m’en souviens! j’ai voulu changer un peu mais l’art inuit reviendra certainement l’an prochain 😉 bonne journée!