16 Décembre
Les anges musiciens font incontestablement partie de l’iconographie de Noël et du concert céleste. Mais saviez-vous qu’ils n’apparurent qu’assez tardivement dans l’art chrétien ? En effet, les instruments, et notamment l’orgue, n’entrèrent dans les églises qu’à partir du XIIᵉ siècle, le clergé ayant longtemps entretenu une relation ambivalente avec la musique, considérée tantôt louange sublime surpassant les mots, tantôt domaine suspect de sensualité. Et ce, malgré l’invitation du Psaume 150 : « Louez-le [Dieu] en sonnant du cor, louez-le sur la harpe et la cithare ; louez-le par les cordes et les flûtes, louez-le par la danse et le tambour ! Louez-le par les cymbales sonores, louez-le par les cymbales triomphantes ! »
Cet ange jouant du luth est un fragment d’une fresque plus vaste réalisée par Melozzo da Forlì pour l’abside de la basilique des Saints-Apôtres à Rome. La composition d’ensemble était consacrée à l’Ascension du Christ. Détruite en 1711, il n’en subsiste aujourd’hui que quatorze fragments d’anges musiciens et d’apôtres, ainsi que la figure centrale du Christ triomphant, aujourd’hui conservée au Palais du Quirinal. Les anges musiciens, aujourd’hui répartis entre la Pinacothèque vaticane et le musée du Prado à Madrid, accompagnaient autrefois l’élévation du Christ.
Elève de Piero della Francesca, Melozzo da Forlì fut célébré parmi les artistes de la Renaissance italienne pour sa maîtrise de la perspective et du raccourci – un effet optique consistant à réduire la perspective pour prendre en compte le point de vue du spectateur. Et ce fragment révèle la virtuosité du peintre : l’ange, vu en contre-plongée, semble flotter, animé par une grâce sereine. Le peintre utilise une palette éclatante, combinant des couleurs complémentaires comme le vert et le rouge du manteau de l’ange, ou la chevelure dorée contrastant avec le fond bleu. Ce chromatisme lumineux, héritière de l’idéal florentin, rappelle les peintres de la génération précédente, comme Fra Angelico. Melozzo da Forlì y associe un modelé délicat des chairs et un sens du mouvement témoignant de sa pleine maturité artistique.
Le choix du luth n’est pas non plus anodin. Les instruments à cordes étaient associés symboliquement au Christ en croix, puisque les cordes étaient fixées par des clous sur le caisson en bois. Par ailleurs, le son raffiné du luth était considéré comme incarnant la beauté céleste par excellence. Ce raffinement sonore apportait, dans les représentations sacrées, une dimension spirituelle immédiatement perceptible. Je vous invite à en juger par vous-même en écoutant ce morceau composé par Vincenzo Capirola (1474-1548), contemporain à notre ange musicien.
Une douce musique et scène musicale éthérée pour mon lever du jour 🙂
Les couleurs sont remarquablement bien conservées pour une fresque qui a environ 640 ans si j’ai bien compris 🙂
Merci Odile, heureuse que la musique vous ait plu autant qu’à moi ! Effectivement les couleurs sont en bon état: le fait que la fresque ait été déposée au XVIIIe siècle les a certainement préservées.
Quelle douceur! Dans la fresque et dans cette musique. Je suis charmée!
Merci Virginie pour ton commentaire! des réveils doux, ça fait plaisir 🙂
Merci beaucoup pour tant de beauté..
Je me le dis tous les matins. Il fallait que. Je vous le dise.
Merci beaucoup Martine, votre message me touche. C’est si important d’infuser de la beauté dans notre quotidien !
Qu’il est beau cet ange musicien ! l’aspect donné par la fresque en rajoute pour la douceur, et accompagné de la musique, c’est magique ! J’ai un faible pour les anges 😉
Merci Elisabeth !
C’est très beau! J’aime beaucoup quand tu « augmentes » l’expérience visuelle et narrative de l’oeuvre par un film ou de la musique… peut-etre un jour nous proposeras-tu une méditation guidée ici??
Merci Fabienne, les ajouts musicaux ayant beaucoup plu l’an dernier, j’ai essayé d’en rajouter là où c’était pertinent. Bonne idée pour la méditation guidée!