Maison de poupée, XVIIe siècle. Bois, 227,5 x 173 x 72,5 cm. Musée Frans Hals, Haarlem.
17 Décembre
Cette année, ma fille de quatre ans a demandé au père Noël une maison de poupée… Mais à l’origine, les maisons de poupée n’étaient absolument pas destinées aux enfants. Apparues au XVIIᵉ siècle en Allemagne, aux Pays-Bas et en Angleterre, les premières maisons de poupées, n’étaient en aucun cas des jouets. Conçues pour les adultes, elles servaient à exposer, à collectionner, et à apprendre. Le terme allemand Dockenhaus ne signifiait d’ailleurs pas « maison de poupée », mais « maison miniature », soit un objet précieux destiné à être admiré plutôt qu’à être manipulé.
Aux Pays-Bas, cette mode prit une ampleur spectaculaire. Ces maisons, lorsqu’elles étaient fermées, ressemblaient à un sobre meuble d’apparat. Toutefois, en ouvrant les portes, souvent verrouillées à la manière d’un cabinet de porcelaines, c’est tout un monde en miniature qui se dévoilait, d’une richesse incroyable, reflétant le statut social de leur propriétaire.
Cette maison de poupée appartenait à Sara Ploos van Amstel-Rothé et illustre admirablement cette tradition. Née en 1699 dans une famille aisée d’Amsterdam, elle épousa en 1721 le marchand Jacob Ploos van Amstel. En 1743, elle acheta aux enchères trois maisons anciennes qu’elle fit démanteler pour en bâtir deux nouvelles, dont celle-ci conservée au Frans Hals Museum de Haarlem. Un double système de portes révèle non seulement l’intérieur, mais aussi la façade extérieure d’une opulente maison de canal à Amsterdam, inspirée de la propre demeure de Sara Ploos van Amstel-Rothé sur la Keizersgracht.
À l’intérieur, douze pièces contiennent près d’un millier d’objets, fidèlement réalisées à l’échelle 1/10. Sara consigna avec un soin méticuleux les noms des artisans auquel elle fit appel, et réalisa elle-même une partie des éléments textiles. Outre sa beauté incontestable, sa maison de poupées constitue une source documentaire précieuse. Elle nous renseigne non seulement sur le mode de vie luxueux de la haute bourgeoisie de l’Âge d’Or hollandais, mais fournit aussi un témoignage sur des objets disparus, tels que le linge de maison, la vannerie en osier ou les vêtements.
Parmi les détails les plus spectaculaires de la maison, on peut citer le four dans la cuisine, au sous-sol à gauche, ou encore la reconstitution d’un cabinet d’argenterie, avec de véritables pièces en argent à l’étage supérieur. Toujours au rez-de-chaussée mais à droite, l’apothicairerie contient de vrais livres illustrés, pouvant être lus, ainsi des fioles contenant de véritables insectes. Enfin, dans le grenier, on peut reconnaître un paravent japonais à six vantaux, illustrant des scènes du Dit du Genji.
Ces maisons-cabinets permettaient ainsi d’exposer une collection foisonnante d’objets minuscules, réalisés dans les mêmes matériaux et par les mêmes artisans que les modèles grandeur nature. Outre un concentré de richesse, de culture matérielle et de savoir-faire, elles traduisaient également l’espace d’expression que les femmes se créaient dans une société où les cabinets de curiosités étaient réservés aux hommes. À travers elles, elles affirmaient leur goût, leur rang, leur maîtrise de l’ordre domestique et leur imagination.
Merci pour ce bel exemple et l’historique des ‘maisons de poupées’. Je ne me suis jamais lancée dans ce hobby mais j’adore regarder les détails quand je vois une maison de poupées 😉
C’est vrai que c’est charmant. Le problème, c’est qu’on a envie de s’y installer !! haha
j’adore! J’ai fabriqué une maison de poupées ornementée pour chacun de mes enfants… mais cela m’a pris presque une année pour trois maisons! magnifique…
Wow! quels chanceux, tes enfants! 😀