18 Décembre
En avançant dans notre récit de la Nativité, nous retrouvons aujourd’hui trois silhouettes incontournables : les mages venus d’Orient, évoqués dans l’Evangile selon Matthieu uniquement (2 :1-12). L’une des plus anciennes représentations de ces célèbres personnages qui nous soit parvenue se trouve à Ravenne, sur une mosaïque ornant la basilique de Sant’Apollinare Nuovo (Saint-Apollinaire-le-Neuf), un lieu où histoire politique et théologie cohabitent.
Construite au début du VIᵉ siècle par le roi ostrogoth Théodoric le Grand (493-526) pour servir la chapelle palatine, la basilique était alors consacrée au culte arien, une doctrine qui mettait en doute la pleine divinité du Christ. Son immense décor de mosaïques s’organisait en trois registres superposés : en haut, vingt-six scènes de la vie du Christ ; au centre, une alternance de prophètes et d’apôtres ; en bas, un long défilé figurant une procession royale avançant vers le Sauveur. Mais suite à la conquête byzantine de Ravenne en 540, l’archevêque Agnellus fit supprimer les effigies de la cour ostrogothe et ordonna un vaste programme de remaniement.
Le cortège royal laissa place, sur le mur nord, à un cortège des Vierges mené par les trois mages. Leur présence, immédiatement suivie de la mosaïque de la Vierge à l’Enfant entourée d’archanges — œuvre d’époque théodoricéenne préservée — reconfigure le message iconographique : les dons offerts au Christ soulignent sa royauté divine et confèrent à Marie le titre théologique de Theotókos, « Mère de Dieu », l’un des marqueurs essentiels de la doctrine catholique.
Les trois mages avancent avec dynamisme sur un sol de prairie ponctuée de fleurs. Ils sont somptueusement vêtus, à la manière de courtisans byzantins. Outre leurs pantalons brodés, leurs tuniques et manteaux aux couleurs éclatantes, leur bonnet phrygien indique qu’ils viennent « de l’Orient », comme le rapporte l’Évangile de Matthieu. Deux d’entre eux couvrent leurs mains, en signe du respect dû au Christ, vers lequel ils s’avancent en offrant leurs présents, guidés par l’étoile, scintillant dans l’angle supérieur du panneau.
Au-dessus d’eux, leurs noms latins les identifient : GASPAR, MELCHIOR et BALTHASSAR. Ils ne sont pas nimbés, mais le « SCS » précédant les prénoms, signifie sanctus, « saint » en latin. Ils ne sont pas encore les « rois mages » couronnés de la tradition occidentale, mais des sapientes, des sages.
La tradition chrétienne a néanmoins donné une signification symbolique à chacun de leurs présents : l’or reconnaît en Jésus le Roi de l’univers, l’encens honore le Christ prêtre, la myrrhe annonce sa mort future.
Ainsi, dans cette scène, les mages deviennent bien plus que de simples visiteurs exotiques : ils sont les premiers à reconnaître la royauté spirituelle de l’Enfant. Leur marche déterminée prolonge notre cheminement de l’Avent vers la lumière qui se laisse entrevoir au cœur de l’hiver.
Bonjour Charlotte, merci pour vos précieux commentaires ! Les mosaïques de Ravenne semblent incontournables pour comprendre l’origine de la peinture occidentale ; est-ce parce qu’il s’agit là des premiers récits bibliques ?
Bonjour Sandrine, merci pour votre commentaire! Les mosaïques de Ravenne sont importantes car il s’agit du plus grand ensemble de mosaïques paléochrétiennes et byzantines conservées au monde. Elles sont classées au patrimoine mondiale de l’UNESCO selon les 4 critères suivants:
Critère (i) : Les monuments paléochrétiens de Ravenne sont d’une importance extraordinaire en raison de la suprême maîtrise artistique de l’art de la mosaïque qu’ils contiennent.
Critère (ii) : Les monuments paléochrétiens de Ravenne sont sans équivalent par la preuve cruciale qu’ils apportent des relations et des contacts artistiques et religieux à une période importante de l’histoire culturelle européenne. Les mosaïques sont parmi les plus belles expressions de cette forme d’art en Europe, qui nous soient parvenues, et ont une importance encore plus grande en raison de l’union des techniques et motifs d’Orient et d’Occident.
Critère (iii) : Les monuments paléochrétiens de Ravenne reflètent une grande compétence artistique, y compris la parfaite fusion de la tradition gréco-romaine, de l’iconographie chrétienne et des styles orientaux et occidentaux caractérisant la culture de l’Empire romain tardif.
Critère (iv) : Le bien constitue la quintessence de l’art et de l’architecture funéraires et religieux du VIe siècle.
Bonne journée 🙂
Encore une belle decouverte pour moi, et c’est si interessant de decouvrire le contexte aussi. Merci
Merci Odile !
Bonjour Charlotte, quelle merveilleuse mosaïque ! Merci pour ce choix. Ravenne, c’est un souvenir de livre d’histoire, c’était un rêve pour moi d’aller voir ces mosaïques (pas encore réalisé, dommage). J’adore leurs pantalons brodés qui jouent entre luminosité et contraste, et mouvement bien sûr.
Merci Geneviève pour votre commentaire! j’aimerais beaucoup y aller aussi! Et c’est vrai que leurs vêtements sont très chic ! 🙂
Une splendeur, et les couleurs sont magnifiquement conservées !
C’est vrai que leur état de conservation est remarquable ! bonne journée 🙂