19 Décembre
En cette année 2025 qui marque le centenaire de l’Art déco, je me devais d’inclure dans notre sélection l’une de ses artistes les plus emblématiques : Tamara de Lempicka (1898-1980). Née Maria Górska dans une famille aisée et cultivée de Pologne, Tamara de Lempicka passa son enfance entre Saint-Pétersbourg, Varsovie et Lausanne. Mariée en 1916 à un avocat du nom de Tadeusz Lempicki, le couple se réfugia à Paris après la révolution d’octobre 1917, où elle étudia auprès du peintre cubiste André Lhote. Elle divorça en 1928 pour se remarier en 1933 avec le baron Raoul Kuffner, qui fut d’abord son mécène. Saint-Moritz est issu de la collection de ce dernier.
Peint peu après les Jeux olympiques d’hiver de 1928 qui se tinrent à Saint-Moritz, en Suisse, ce tableau représente une jeune femme posant fièrement sur les pentes enneigées. Son pull est élégamment assorti à son rouge à lèvres, et surtout, elle arbore une coupe de cheveux à la garçonne, typique de la mode des années folles, ou « années 1920 rugissantes » comme disent les anglophones. Tamara de Lempicka exalte ici une image de la femme moderne, libre, sportive, coquette et déterminée, en somme : maîtresse de son destin.
La peintre parvint à se forger, dans les années 1920, un style singulier. Il combine des éléments cubistes, tels que le traitement sculptural du corps et le découpage en facettes de la chevelure et des montagnes à l’arrière-plan, avec une esthétique maniériste : l’attitude du modèle rappelle nettement le mouvement de la figura serpentinata (figure ondulée, en spirale) visible chez des artistes de la Renaissance italienne tardive comme Raphaël. Tamara de Lempicka avait en effet découvert la peinture de la Renaissance adolescente, lors d’un voyage dans les musées de Florence, Rome et Venise avec sa grand-mère.
Enfin, Lempicka emprunte ici aux codes des affiches publicitaires typiques du style Art Déco : cadrage serré, couleurs franches, lignes dynamiques, modelé sculptural. Rien, pourtant, qui ne vante la station alpine : c’est la femme elle-même qui devient affiche, icône, manifeste. Son visage expressif, regard tourné vers le ciel, n’est d’ailleurs pas sans rappeler les actrices du cinéma muet hollywoodien. Une héroïne moderne, en somme, telle que Lempicka aimait en inventer.
Saint Moritz offre un condensé éclatant de l’esthétique Art déco : couleurs vives, lignes franches, formes architecturées, et sujet implacablement moderne. À travers ce tableau, ce sont aussi les thématiques de l’époque qui s’expriment : triomphe du luxe, du voyage, du corps sportif, dynamique et élancé, et surtout, l’affirmation puissante d’une féminité nouvelle. Tout ce qui rend les œuvres de Tamara de Lempicka emblématiques de son époque et immédiatement reconnaissables, même près d’un siècle plus tard.
J’aime beaucoup cette peintre, et merci pour cette analyse intéressante qui pointe le rapprochement tant avec le cubisme que le maniérisme, tout en étant complètement moderne.
Bizarre, mon commentaire apparaît deux fois…
c’est bon, j’ai supprimé le doublon 🙂 merci pour votre commentaire, j’aime aussi beaucoup cette artiste !
J’aime beaucoup cette peintre… merci pour votre commentaire qui pointe le rapprochement de cette oeuvre tant avec le cubisme qu’avec le maniérisme, tout en étant complètement moderne !
Impressionnante. J’aime les lignes, les couleurs, la composition du cadrage serré. Visage expressif mais du style sérieux, ne me donne pas l’impression d’être heureuse à la neige 😉 Ça me rappelle que je risque de manquer l’expo à Paris des 100 ans de l’Art Déco à cause des dates 🙁 Donc j’apprécie d’autant plus votre partage de ce tableau de Tamara de Lempicka.
Bonjour Odile, oui elle un petit air mélancolique, souligné par le maquillage années 1920 et la moue typique des icônes du cinéma muet (comme Clara Bow ci-jointe)! N’ayez pas de regrets pour l’exposition du MAD, il n’y a pas d’œuvres de Tamara de Lempicka 😉