1er Décembre
Quelle meilleure manière d’ouvrir ce calendrier de l’Avent qu’avec l’épisode biblique de l’Annonciation ? Jan van Eyck nous livre ici une illustration remarquablement riche et détaillée de la visite de l’archange Gabriel à la Vierge Marie. Afin de rendre la scène tangible, l’artiste la transpose dans une église médiévale, un cadre familier pour les spectateurs de l’époque.
Pourtant, la scène est tout sauf quotidienne : l’archange Gabriel apparaît avec ses flamboyantes ailes aux couleurs de l’arc-en-ciel, couronné, portant un sceptre en cristal de roche et vêtu d’un manteau brodé d’or et serti de pierreries rendues avec la minutie caractéristique de van Eyck. L’ange est venu annoncer à Marie qu’elle est enceinte et que cet enfant est le fils de Dieu. Leurs paroles scintillent en lettres d’or : le « Ave gratia plena » (« Je vous salue, pleine de grâce ») de l’ange et la réponse de la Vierge : « Ecce ancilla domini » (« Voici la servante du Seigneur ») inscrite à l’envers, destinée à être lue depuis les cieux.
Le peintre rend visible le miracle de l’Incarnation grâce à la métaphore de la lumière traversant la fenêtre sans la briser – images de la maternité virginale de Marie. Sept faisceaux symbolisant les sept dons du Saint-Esprit (la sagesse, l’intelligence, le conseil, la force, la science, la piété et la crainte de Dieu), guident la colombe vers la Vierge. A ses pieds, les lys blancs célèbrent sa pureté, tandis que son manteau bleu outremer, réalisé avec du lapis lazuli, un pigment importé d’Afghanistan au coût supérieur à l’or, lui confère dignité et majesté.
L’architecture elle-même raconte la transition entre l’Ancienne et la Nouvelle Alliance. Au fond de la composition, des scènes tirées de la vie de Moïse rappellent la promesse initiale faite au peuple d’Israël, tandis que derrière la Vierge, trois fenêtres suggèrent le mystère de la Trinité. Au sol, outre des scènes de l’Ancien Testament, le pavement présente des médaillons zodiacaux identifiant l’archange au Bélier — la date traditionnelle de l’Annonciation étant le 25 mars — et associant Marie au signe de la Vierge.
Jan van Eyck, dans ce tableau d’une précision presque miraculeuse, nous invite donc à contempler, en ce début d’Avent, le moment où l’invisible prend chair et l’histoire de Noël commence à s’écrire.
Bonjour Charlotte, quelle belle entrée en matière, merci ! Je voulais savoir pourquoi dans beaucoup de scènes de l’Annonciation, Marie est représentée en train de lire (le Livre sacré ?). Béotienne en peinture religieuse, j’aspire à ne plus l’être grâce à ce calendrier !
Sandrine
Bonjour Sandrine, et merci beaucoup pour votre commentaire 🙂
C’est vrai, à partir du Moyen Âge tout particulièrement, la Vierge est représentée lisant dans les scènes d’Annonciation. Il s’agit à la fois du reflet des pratiques médiévales, avec l’essor de la dévotion privée à travers les psautiers et livres d’heures enluminés, et une manière de montrer la Vierge Marie comme un modèle, s’adonnant à la prière et à la méditation spirituelle. Le message subliminal pour le spectateur est certainement de dire que l’on rencontre Dieu à travers l’étude des textes sacrés. Très bonne journée!
Merci Charlotte ! d’avoir choisi cette oeuvre de Van Eyck pour ce premier jour de l’Avent, un artiste à la peinture à la fois si précise et sensible.
Merci Elisabeth pour votre message! C’est un peintre que j’apprécie beaucoup, et le costume de l’archange Gabriel est juste somptueux! Bonne journée et à très vite!
🙂
Beau choix d’entrée dans le calendrier de l’Avent et merci Charlotte pour la richesse et la précision de vos commentaires.
Bonjour Monique, merci beaucoup pour votre commentaire et vos gentils mots. Dans ce type de tableau où tout est réfléchi et soigneusement composé, il y a tant à dire! Très bonne journée et à bientôt!
bonjour Charlotte et merci pour cette belle entrée en décembre ! Le lapis lazuli est magnifique ! Au château de Cormatin en Bourgogne un plafond est recouvert de lapis lazuli, dans la pièce d’à côté, un essai de couleur synthétique a été fait qui n’a pas ce rendu et qui a très mal vécu. https://fr.wikipedia.org/wiki/Ch%C3%A2teau_de_Cormatin
Bonjour Geneviève et merci pour votre message et votre partage ! Je ne connaissais pas le château de Cormatin, mais ce que vous dites ne m’étonne pas, les pigments synthétiques vieillissent souvent moins bien – on le voit souvent sur des tapisseries anciennes restaurées à partir de la fin du XIXème. Bonne journée
Dommage.
Cela doit être somptueux… à découvrir !
Bonjour Charlotte, Tu as tout à fait raison quand tu parles d’une précision presque miraculeuse… J’ai ri car je trouve que Marie est nettement moins enthousiaste à l’annonce que l’ange Gabriel! Relecture personnelle, contemporaine et féministe d’une oeuvre très classique. Merci pour ce début très prometteur. c’est une oeuvre magnifique!
Merci Fabienne pour ton commentaire! c’est vrai que Marie a l’air moins enchantée du projet. Son expression a quelque chose du « pourquoi moi? »! haha. C’est vrai qu’il y a de quoi être troublée. Ravie que l’œuvre t’ait plu. Bonne journée!
Je suis toujours éblouie de la beauté des ailes de l’archange! Et je suis toujours épatée par le nombre de symboles des tableaux religieux ou non de cette époque. Mais les admirateurs de ce temps les voyaient-ils?
Merci beaucoup Virginie pour ton commentaire! C’est une bonne question. J’aurais tendance à répondre: non, pas nécessairement. Mais ce type de tableau, appartenant à un retable, était fait avant tout pour (être vu par) Dieu, comme le montrent les paroles de la Vierge, écrites « à l’envers » pour le spectateur. D’ailleurs, le réalisme miniaturiste de van Eyck va presque trop loin par rapport à l’œil humain, qui fait une mise au point et floute ce qui est au loin (ici, tout est précis, même à l’arrière-plan). C’était, je pense, une manière de donner un équivalent à ce qui était considéré comme l’omniscience de Dieu, qui « voit tout ».
Merci beaucoup pour ce beau tableau, Charlotte. Bien d’accord que c’est un bon début pour l’Avent. Et il me parle d’autant plus que, coincidences, je parlais de l’Annonciation avec Elisabeth au début de la semaine dernière suite à ma visite de Notre Dame de Paris, et ce weekend, une des chansons que j’ai chantées avec « ma » chorale était sur le sujet de l’Annonciation et un des vers contient ces mêmes mots de Marie!
Merci d’expliquer tous ces détails intéressants. Écrire à l’envers pour que cela se voit du ciel, il fallait y penser 🙂
J’ai bien pensé à toi, Odile, en découvrant cette oeuvre !
🙂