22 Décembre
Nous voilà officiellement en hiver ! Alors célébrons l’arrivée de la saison avec ce tableau de Giuseppe Arcimboldo (1527-1593), peintre italien du courant maniériste. En 1563, alors qu’il exerçait en tant que peintre officiel à la cour des Habsbourg, il commença à travailler sur une série de portraits en profil – à la manière des médailles antiques – sur le thème des saisons. Arcimboldo, qui était aussi chargé de l’organisation des fêtes et bals masqués pour l’empereur Maximilien II, y puisa certainement une inspiration pour ses fameuses têtes composées.
Ces œuvres singulières s’inscrivent dans une longue tradition humaniste de la personnification allégorique, mais Arcimboldo la renouvelle radicalement : ici, le visage humain disparaît entièrement au profit d’un assemblage d’éléments naturels soigneusement observés et retranscrits avec minutie. L’Hiver est un vieillard noueux à la peau en écorce, dont les aspérités et cassures forment les traits ridés du visage. Sa barbe et le duvet de son front sont en mousse, tandis que le lierre fait office de chevelure. La bouche renfrognée est, quant à elle, formée d’épaisses lèvres-champignons. Le cou est enveloppé dans une natte de paille tressée, allusion à la nécessité de se protéger du froid, tandis qu’une petite branche de citronnier évoque, discrètement, la promesse d’un renouveau à venir.
Au-delà de la parodie, ces allégories des saisons revêtent une dimension politique, puisqu’elles démontrent l’étendue de l’Empire et de ses richesses. Aussi, l’Hiver est une figure d’autorité, puisqu’il est à la tête de l’année – caput anni en latin – de même que les Habsbourg sont à la tête de leur empire. Un détail vient confirmer cette lecture : la lettre « M », discrètement inscrite dans le tressage du col, renvoie à Maximilien II, commanditaire de la série. Présentées officiellement à l’empereur en 1569, accompagnées de poèmes explicatifs du lettré Giovanni Battista Fonteo, Les Saisons furent immédiatement célèbres et largement copiées. Arcimboldo lui-même réalisa plusieurs variantes de la série.
À la fois jeu visuel, démonstration érudite et manifeste politique, L’Hiver illustre la capacité d’Arcimboldo à transformer la nature en langage symbolique. Derrière l’étrangeté et l’humour apparent de ces figures composites se dessine une vision du monde ordonnée, cyclique, placée sous l’autorité d’un pouvoir impérial qui se veut universel et intemporel.
Enfin, je ne résiste pas au plaisir de vous proposer une écoute des Quatre Saisons d’Antonio Vivaldi car l’Hiver, bien que composé près de deux siècles plus tard, prolonge musicalement, je trouve, l’atmosphère du tableau.
Bonjour Charlotte, merci pour ce profil hivernal ! Je voulais savoir si dans l’esthétique maniériste il n’y avait pas toujours une dimension plus ou moins monstrueuse …
Merci Sandrine pour votre commentaire ! Le maniérisme s’est développé sur la fin de la Renaissance italienne (années 1500). La réflexion de ces artistes était qu’après Léonard de Vinci ou Raphaël, la peinture avait atteint un niveau de perfection et d’harmonie qui ne pouvait pas être surpassé. Aussi ont-ils commencé à « jouer » avec des dissonances de couleur, des déformations anatomiques, des postures sophistiquées et des autres fantaisies ludiques.
Merci Charlotte pour cet Hiver d’Arcimboldo dont les oeuvres attisent toujours ma curiosité, et pour l’accompagnement musical… les Quatre Saisons tellement entendues mais dont je ne me lasse pas. Et pour moi il n’y a rien de tel que Vivaldi pour se donner de l’énergie le matin, à plus forte raison en cette saison !
Merci beaucoup Elisabeth, c’est vrai que c’est plein de vitalité: Arcimboldo comme Vivaldi!
Ah, j’ai ces portraits en cartes postales 🙂 Je vois très souvent des profils ou des visages de face dans les arbres ou les cailloux, ou autres, quand je me promène. Est-ce pourquoi j’ai tout de suite adoré les portraits d’Arcimboldo quand je les ai découverts quand j’étais ado, ou bien grâce à eux? Je prends des photos… Mais les ‘apparitions’ de visages ne sont pas toujours visibles par tous ceux qui sont avec moi ou regardent les photos 😉 Cependant, pas de doute pour les portraits d’Arcimboldo 🙂
Merci Odile pour votre commentaire! Saviez-vous que c’est justement pour l’aspect que vous mentionnez qui a tant plu aux surréalistes chez Arcimboldo ? ce sont d’ailleurs eux qui ont contribué à sa redécouverte au XXeme.
Je suis comme vous, enfant je voyais toujours des visages dans des lattes en bois ou des animaux dans les nuages. Ce phénomène a un nom: la pareidolie ! Bonne journée!
Ah, intéressant, je ne savais pas 🙂