9 Décembre
Aujourd’hui, direction les États-Unis avec cette spectaculaire prise de vue, capturée en 1960. Elle appartient au vaste projet qu’Ogle Winston Link consacra, entre 1955 et 1960, aux dernières années des locomotives à vapeur sur la Norfolk & Western Railway, entre les Etats de Caroline du Nord, du Maryland, de Virginie et de Virginie-Occidentale. Né à Brooklyn en 1914, Ogle Winston Link obtint un diplôme d’ingénieur civil, mais fut recruté comme photographe commercial. Cette expérience lui permit de développer une ingéniosité technique hors du commun, multipliant dispositifs d’éclairage, plans méticuleux et installations de terrain pour créer de véritables scènes cinématographiques.
Dans un format presque carré, la photographie est divisée en deux verticalement. La tension dramatique naît de la rencontre entre la puissance mécanique créée par l’homme et la force paisible du monde naturel. La locomotive avance, massive, projetant une colonne de fumée qui semble répondre à l’impulsion descendante des stalactites gelées sur la paroi rocheuse. Les formes arrondies du nuage de fumée répondent aux contours acérés de la glace.
Le contraste entre la vapeur chaude et le froid mordant du paysage crée un dialogue visuel saisissant : d’un côté, l’énergie bruyante, la vitesse, le souffle brûlant de la machine ; de l’autre, la lente formation de la glace, silencieuse et immuable. L’échelle de valeurs (entre les noirs et les blanc) est tout aussi contrastée. Le blanc du ciel s’oppose au rocher sombre, qui est équilibré par le noir de la locomotive, qui tranche à son tour avec la glace et le sol enneigé. Ce dualisme permet à O. Winston Link de nous faire sentir la tension entre le déclin d’une époque ferroviaire confrontée aux forces immuables de la nature.
Contrairement à ses images nocturnes soigneusement éclairées, cette photographie prise en plein jour conserve une dimension documentaire plus brute, mais la composition demeure extrêmement soignée. Le photographe ne se contente pas d’enregistrer un passage de train : il orchestre une vision où la vapeur prend une dimension sculpturale, et la lumière hivernale modèle les volumes comme dans une peinture de paysage.
Link cherchait à préserver, avec une profonde nostalgie, une Amérique rurale encore rythmée par le souffle des locomotives. Cette image, à la fois simple et magistrale, est l’un des fragments de ce grand « requiem visuel » dont il fit l’œuvre de sa vie : un hommage à la vapeur, mais aussi à une manière de vivre aujourd’hui révolue.
Image frappante, la tension est tangible, comme vous le decrivez. Et cette tension est bien a l’ordre du jour…
Merci pour une belle photo en noir & blanc
Merci Odile, c’est vrai que cela résonne !
analyses très intéressantes qui conduisent à une nouvelle lecture…j’aime la diversité des œuvres présentées
Merci beaucoup pour votre gentil commentaire. Je trouve intéressant d’aborder le thème de l’hiver / Noël sous de nombreux aspects différents. Ravie que cela vous plaise!
Que de contrastes dans cette photo, et la locomotive qui arrive, avance dans ce paysage gelé comme une star, fière de son importance…
C’est vrai ! le point de vue en contre-plongée renforce cette impression je trouve !
Quelle photo saisissante ! Merci de me la faire découvrir.
Merci à toi ! ravie qu’elle te parle 🙂