3 decembre 2025
3 decembre 2025 1
3. Alfred Sisley, La Neige à Louveciennes, 1875-1878. Huile sur toile, 61 x 50 cm. Musée d'Orsay, Paris

3 Décembre

Dans ce tableau, l’impressionniste Alfred Sisley nous invite à nous immerger dans l’atmosphère suspendue d’un chemin enneigé à Louveciennes, où il vécut de 1872 à 1874. Plus réservé que ses camarades d’études Auguste Renoir ou Claude Monet, mais aussi plus assidu à la peinture en plein-air, le tempérament de Sisley trouva dans les paysages hivernaux un terrain d’expression privilégié.

Il est intéressant de noter que Sisley a choisi un format vertical, traditionnellement associé au portrait, pour représenter la scène. En effet, il a choisi un point de vue depuis l’extrémité du chemin, de sorte à offrir au spectateur une perspective montante. Comme souvent chez Alfred Sisley, la toile est méticuleusement ordonnée et réfléchie. La moitié inférieure de la composition est dominée par une forme de « X », induite par les lignes de force.

A la croisée de ces dernières, une figure humaine solitaire se dessine. Identifiée seulement par quelques touches sombres, qui la font avancer visuellement vers le fond du tableau, elle s’apparente à une note de musique au sein d’un silence feutré. Mais absorbée par le paysage, elle ne fait que passer, pressant sans doute le pas pour échapper au froid mordant.

En modulant la densité des feuillages et la hauteur des murs, Alfred Sisley parvient à rompre la rigidité de la symétrie. Tout est recouvert d’un épais manteau de neige qui adoucit les formes et simplifie les contours. Les coups de pinceau rapides et variés insufflent, par ailleurs, un rythme et proposent des espaces de respiration qui évitent toute immobilité.

Au-delà des toits, du clocher et des arbres s’estompant au loin, la moitié supérieure de la composition est dominée par l’épaisse masse grise du ciel, qui semble annoncer une prochaine chute de neige. L’artiste attachait une importance considérable à ces ciels, commençant toujours ses tableaux par là. Dans cette œuvre, le ciel étire notre regard au loin, baignant l’ensemble de la scène dans une lumière diffuse, sans soleil ni ombres franches.

Animée de nuances de gris et de bleu, la neige devient alors le reflet de cette harmonie glacée, réchauffée et subtilement contrastée par les ocres des murs.  Loin d’étouffer la vie, la neige efface les détails pour ne garder que l’essentiel : l’atmosphère, la lumière, la sensation du temps qui passe. Cette sensibilité particulière doit sans doute quelque chose aux racines britanniques de Sisley. Au cours de ses années en Angleterre, ce dernier avait admiré le travail de Constable, Turner ou encore Bonington, maîtres du paysage et de la lumière atmosphérique. Leur influence transparaît ici dans cette scène simple, dépourvue d’anecdote, mais d’un raffinement extrême.

S’abonner
Notification pour
guest

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

12 Commentaires
Le plus ancien
Le plus récent Le plus populaire
Commentaires en ligne
Afficher tous les commentaires
BRUNET Sandrine
BRUNET Sandrine
2 mois il y a

Bonjour Charlotte, peut-on rapprocher ce tableau à celui de Monet – que Sisley connaissait sans doute – la célèbre Pie, qui elle aussi s’apparente à une note de musique sur une portée ?…
Merci d’avance pour vos lumières !

Charlotte WILKINS
Administrateur
Répondre à  BRUNET Sandrine
2 mois il y a

Bonjour Sandrine et merci pour votre commentaire! Tout à fait, pour moi l’effet est le même. La touche de noir que forme le personnage est comme un contrepoint au reste. D’ailleurs, ce morceau de Debussy (« Des pas sur la neige ») aurait été inspiré par le tableau de Sisley: https://www.youtube.com/watch?v=Iq0x_gM8tZg

Odile
Odile
2 mois il y a

Une belle lumière et une atmosphère feutrée, je m’y imagine bien, merci 🙂

Charlotte WILKINS
Administrateur
Répondre à  Odile
2 mois il y a

Merci Odile pour votre commentaire, c’est vrai qu’on irait volontiers s’y promener avant de rentrer à la maison déguster une boisson chaude 🙂

Elisabeth
Elisabeth
2 mois il y a

Beaucoup de douceur, et aussi de la mélancolie dans ce très beau tableau. Merci Charlotte, pour cette analyse à la fois technique et sensible.

Charlotte WILKINS
Administrateur
Répondre à  Elisabeth
2 mois il y a

Je trouve aussi pour la mélancolie. Ce morceau de Claude Debussy (« Des pas sur la neige ») aurait été inspiré par ce tableau, je pense que cela vous parlera: https://www.youtube.com/watch?v=Iq0x_gM8tZg

Mabel
Mabel
2 mois il y a

Bonjour Charlotte, j ai autant de plaisir à découvrir chaque jour ces œuvres qu à vous lire.
Un très joli moment pour commencer la journée
Merci !

Charlotte WILKINS
Administrateur
Répondre à  Mabel
2 mois il y a

Un grand merci, chère Mabel 🙂

Wuillai
Wuillai
2 mois il y a

Bonjour Charlotte
Je découvre à l’instant le calendrier numérique.
Juste une question : est-il normal de pouvoir lire les commentaires sans avoir l’oeuvre en visi ?

Charlotte WILKINS
Administrateur
Répondre à  Wuillai
2 mois il y a

Bonjour,

L’oeuvre est visible en haut de cet article, juste avant le commentaire. Pouvez-vous me confirmer que vous le voyez comme sur la capture d’écran ci-dessous?

Capture-decran-mobile
Helena
Helena
2 mois il y a

Merci Charlotte pour tes ajouts musicaux. C’est un bonheur de découvrir chaque matin notre surprise du jour. Helena

Charlotte WILKINS
Administrateur
Répondre à  Helena
2 mois il y a

Merci Helena pour votre commentaire 🙂

Vous avez une demande spécifique pour un contenu? Contactez-moi afin de me soumettre vos propositions et vos idées 

Vous pouvez me retrouver sur les réseaux sociaux également avec du nouveau contenu
12
0
Nous aimerions avoir votre avis, veuillez laisser un commentaire.x