

Figurines de Lewis, fin du XIIe siècle, Scandinavie. Ivoire de morse. National Museum of Scotland, Edimbourg.
10 Décembre
En cette saison propice aux jeux en famille, découvrons aujourd’hui l’un des ensembles ludiques les plus célèbres du Moyen Âge européen. Trouvées vers 1830 sur l’île de Lewis en Ecosse, ces figurines appartenaient à un véritable trésor comptant quatre jeux d’échecs presque complets, mais aussi des pièces destinées à différents jeux de plateau tels le hnefatafl ou « jeu Viking » (un ancien jeu scandinave opposant un roi et sa garde à un assaillant supérieur en nombre), ou encore au jeu de tables, ancêtre du backgammon.
Les figurines de Lewis sont parmi les premières pièces de jeu anthropomorphes (à forme humaine) et témoignent de la diffusion jusqu’en Europe du jeu d’échecs. Originaire du monde islamique, les échecs connurent un réel engouement parmi les élites européennes au Moyen-Âge désireuses de parfaire leur stratégie guerrière. On y reconnaît des figures proches du jeu moderne : rois, reines, évêques, cavaliers, « gardiens » – ancêtres de la tour – et pions, absents ici, les seuls à ne pas être humanisés.
Les onze pièces conservées à Edimbourg proviennent de plusieurs jeux différents, comme en attestent leurs dimensions variables. Elles semblent toutefois issues d’un même atelier et ont des caractéristiques formelles communes. Les visages sont expressifs, les cous peu marqués et les épaules arrondies. Les drapés sont stylisés et les trônes sont ornés de motifs décoratifs sophistiqués. Les armes, boucliers et crosses sont peu saillants et le centre de gravité bas des figurines favorise leur stabilité sur l’échiquier.
La forme des mitres des évêques permet une datation à la seconde moitié du XIIᵉ siècle des figurines de Lewis, qui furent certainement sculptées à Trondheim, en Norvège. Or l’archipel écossais des Hébrides était bien sous domination norvégienne à cette époque. Si l’identité de la personne qui a enfoui ce trésor demeure inconnue, il pourrait s’agir de la cargaison d’un marchand scandinave transitant par l’Écosse pour vendre ces objets de prestige. Mais il pourrait aussi s’agir d’une commande groupées destinée aux élites profondément empreintes de culture norvégienne.
La plupart des figurines sont taillées dans de l’ivoire de morse – un matériau provenant sans doute du Groenland – tandis que d’autres, tel le chevalier et le gardien en 9ème position sur la photographie – sont en dent de cachalot. Certaines figurines étaient initialement colorées, de sorte à différencier les adversaires. Des traces de mercure détectées sur certaines pièces indiquent l’usage possible de cinnabre, un pigment rouge vif (et non pas noir !) aujourd’hui disparu en surface.
Dispersées après leur découverte, une partie importante des figurines de Lewis se trouve aujourd’hui au British Museum de Londres. Au fil du temps, les figurines de Lewis ont nourri l’imaginaire collectif, jusqu’à leur apparition dans le premier film Harry Potter, en 2001, qui leur a offert une célébrité nouvelle, révélant au grand public l’expressivité silencieuse de ces petites sculptures médiévales, énigmatiques et raffinées.
C’est très intéressant de lire vos commentaires. Et j’avais le sentiment vague de connaître ces figurines de jeux d’échecs… Et voilà, à la fin de votre commentaire, je découvre que c’est grâce au film de Harry Potter 🙂 Oh, cela m’a projetée maintes années en arrière 😉 Et je prêterai plus attention lors de ma prochaine visite au British Museum!
Ivoire de morse ou dent de cachalot, Trondheim, Île de Lewis, Vikings, Harry Potter… Très exotique à mon réveil 🙂
Merci
Merci beaucoup Odile pour votre commentaire! anecdote intéressante: le British Museum vendait, dans les années 1970, des répliques de l’échiquiers de Lewis, ce qui n’était plus le cas au moment du premier film Harry Potter en 2000. La personne chargée des décors et costumes sur le tournage connaissait l’un des conservateurs du British Museum, qui s’était fait offrir un échiquier de Lewis lorsqu’il était enfant, et c’est le sien qui a été utilisé pour le film !
c’est sympa de lire cette anecdote 🙂
Extraordinaires pièces de jeu ! Je n’ai pas vu le film Harry Potter, et ne connaissais pas ces figurines.