11 décembre 2025
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Remedios Varo, Alegoría del invierno, 1948. Gouache sur papier, 44 x 44 cm. Museo Reina Sofia, Madrid.

11 Décembre

Si vous aviez visité la grande exposition consacrée au centenaire du surréalisme au Centre Pompidou en 2024, peut-être y avez-vous découvert l’artiste espagnole Remedios Varo. D’origine catalane, elle passa son enfance à voyager avec son père, ingénieur hydraulicien, dont les dessins techniques façonnèrent très tôt son goût pour les mécanismes, les architectures improbables et la précision graphique. À dix-sept ans, fait rare pour une femme, elle intégra la Real Academia de San Fernando à Madrid. Après un passage à Paris où elle fréquenta les milieux surréalistes, elle quitta l’Europe en guerre pour le Mexique en 1941. Elle y développa son langage plastique propre, entre science et sacré.

Le tableau Allégorie de l’hiver s’inscrivit dans cette période de réinvention. Dans un paysage aride se dressent de mystérieuses formes végétales aux silhouettes épineuses, ressemblant à des cactus pétrifiés ou des arbres réduits à leur ossature. Entre leurs branches acérées se déploient des capsules cristallines, qui renferment des oiseaux, fleurs ou insectes, tandis qu’à l’arrière-plan on discerne un amoncellement de flocons de neige. Ces fragments de vie semblent figés dans une temporalité suspendue : sont-ils des réminiscences des saisons passées ou des germes du printemps à venir ? L’artiste compose ainsi une nature en dormance, mais animée d’une vitalité latente.

L’hiver y devient une figure de transition intérieure : plutôt qu’une saison statique, un moment suspendu du cycle cosmique, où la nature paraît retenir son souffle avant la renaissance. Cette approche reflète la fascination de Remedios Varo pour l’alchimie, les sciences occultes et les découvertes contemporaines en astronomie, botanique ou biologie. L’hiver, au-delà d’un simple motif, devient une phase du rythme cosmique. Les êtres et les formes végétales semblent participer d’un même organisme, comme soumis à une pulsation universelle que l’artiste relie volontiers aux théories ésotériques du mystique Gurdjieff, auxquelles elle accorde alors une grande importance.

L’artiste mobilisa des techniques proprement surréalistes, telles que la décalcomanie, consistant à presser une matière dans de la peinture fraîche pour créer une empreinte, comme on peut le voir dans « l’écorce » des troncs d’arbres. La technique du grattage apparaît également au niveau des « fils » reliant les différentes capsules glacées. Enfin, la métamorphose des arbres en cactus rappelle l’esthétique du « cadavre exquis » (jeu graphique composé à plusieurs mains). Intégrés à un dessin parfaitement maîtrisé, ces procédés surréalistes deviennent essentiels à son univers plastique unique.

Avec cette vision tant poétique, réfléchie qu’intuitive, Varo nous inviterait-elle à méditer sur le passage du temps, les transformations silencieuses du vivant et la quête de connaissance ?

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Odile
Odile
2 mois il y a

Votre analyse m’aide à m’immerser dans l’œuvre, cela m’aide à m’ouvrir l’esprit pour pouvoir apprécier cette œuvre surprenante et si différente des précédentes 🙂 Une découverte complète pour moi, et j’aime assez. Merci 🙂

Charlotte WILKINS
Administrateur
Répondre à  Odile
2 mois il y a

C’est super ! c’est vraiment le but: donner quelques clefs de lecture 🙂 Merci Odile et très bonne journée !

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