20 Décembre
Exposé jusqu’à récemment à la Galerie d’Apollon, notre œuvre du jour est aujourd’hui au cœur de l’actualité patrimoniale. Son vol invraisemblable, survenu en plein jour au Louvre le 19 octobre 2025, a choqué le monde entier : des voleurs armés d’une disqueuse ont pu s’introduire dans le musée à l’aide d’une échelle, dérobant des bijoux d’une valeur inestimable : un collier et des boucles d’oreilles en émeraudes de l’impératrice Marie-Louise ; un diadème, un collier et une boucle d’oreille de la parure de saphirs ayant appartenu aux reines Marie-Amélie et Hortense ; enfin une broche reliquaire, un nœud de corsage et ce diadème ayant appartenu à l’impératrice Eugénie. Mais que sait-on de ce dernier joyau remarquable ?
Il fut commandé en 1853 par Napoléon III au joaillier parisien Alexandre-Gabriel Lemonnier, à l’occasion de son mariage avec la comtesse espagnole Eugénie de Montijo. Réalisé en argent, feuille d’or, perles d’Orient et diamants, ce bijou spectaculaire se compose de 212 perles, dont 17 en forme de poire, serties dans des rinceaux de feuillage, parmi 1998 diamants. Ce diadème était pensé pour inscrire Eugénie dans la lignée des grandes souveraines européennes. Aussi Lemonnier puisa-t-il, pour cette création, dans des gemmes ayant appartenu à l’impératrice Marie-Louise, épouse de Napoléon Iᵉʳ, inscrivant le Second Empire dans une continuité dynastique soigneusement orchestrée. Eugénie porta le diadème lors de cérémonies et de grandes apparitions, mais aussi pour son portrait exécuté par Franz-Xaver Winterhalter, mettant en scène un pouvoir à la fois moderne, fastueux et héritier de l’histoire monarchique française.
Après la défaite de Napoléon III face à la Prusse en 1870 et la chute du Second Empire, le destin de notre bijou épousa celui des joyaux de la Couronne. Constituée dès 1530 par le roi François Iᵉʳ comme un trésor inaliénable de l’État, cette collection fut enrichie au fil des règnes avant d’être profondément fragilisée par les bouleversements révolutionnaires. Sous la IIIᵉ République, dans un contexte de rejet des symboles monarchiques, la vente des Bijoux de la Couronne est décidée par la loi de 1886. Le diadème d’Eugénie est alors adjugé en 1887 au joaillier Julius Jacoby pour la somme de 78 100 francs.
Trois ans plus tard, il fut revendu et acheté par Albert, prince de la famille allemande von Thurn und Taxis, pour l’offrir à son épouse, l’archiduchesse Margarethe Klementine d’Autriche. Le bijou réapparut ensuite en 1980, lors du mariage de la comtesse Gloria von Schönburg-Glauchau avec Johannes von Thurn und Taxis. La princesse fut contrainte de s’en séparer en 1992 pour assainir les finances familiales, et c’est alors que la Société des Amis du Louvre, en fit don au musée : le diadème retrouva ainsi sa place au sein du patrimoine national.
Suite au vol en octobre dernier, les pièces restantes furent transférées à la Banque de France pour y être mises en sécurité. Au-delà de la valeur matérielle de ces bijoux, c’est leur intégrité matérielle qui est malheureusement menacée aujourd’hui. Le risque majeur n’est pas tant celui d’un collectionneur clandestin, mais bien plutôt celui du démantèlement et de la perte irréversible de ces témoins irremplaçables de l’histoire nationale et du savoir-faire joaillier français.
Très intéressante (et tristement d’actualité) l’histoire de ces bijoux, dont j’ignorais tout…
Ah oui, un vol invraisembable! Et je suis bien d’accord avec votre derniere remarque dans votre commentaire. J’admire le travail des joaillers, la precision avec laquelle ils arrivent a placer les gemmes de toutes sortes. J’ai eu la chance de voir la collection Cartier au musee V&A a Londres, et les oeuvres etaient etonnantes. Je me contente d’admirer la beaute des objets de joaillerie mais j’ai un certain malaise devant eux, un peu difficile a definir, vis a vis de leur symbolisme et tout ce qu’il y a en amont peut-etre.