21 décembre 2025
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Nancy Holt, Sun Tunnels, 1973-1976. Béton, acier et terre, 2.8 x 20.8 x 16.2 mètres. Great Basin Desert, Utah, Etats-Unis d’Amérique.

21 Décembre

Le 21 décembre marque le solstice d’hiver, le jour le plus court de l’année dans l’hémisphère nord. Depuis l’Antiquité, ce moment charnière du calendrier solaire est chargé de symbole. À la fois fin d’un cycle d’obscurité, et retour progressif de la lumière, célébré par une multitude de traditions autour du monde. L’artiste américaine Nancy Holt (1938–2014) explora plus particulièrement l’articulation entre le temps humain et le temps cosmique avec Sun Tunnels, qui met en jeu le paysage, le corps du spectateur et les mouvements célestes.

Réalisée entre 1973 et 1976 et installée dans le désert du Grand Bassin, dans l’Etat du Utah, cette œuvre est emblématique du Land Art, un mouvement de l’art contemporain utilisant le cadre et/ou les matériaux de la nature. Sun Tunnels se compose de quatre immenses cylindres en béton, chacun long de 5,4 mètres et de 2,75 mètres de diamètre. Disposés en forme de croix au milieu d’un paysage désertique, les tunnels sont orientés selon les axes des solstices. Ainsi, aux alentours du 21 juin et du 21 décembre, le soleil levant et couchant s’aligne parfaitement avec l’ouverture des cylindres, transformant l’œuvre en instrument de perception du temps.

À l’intérieur de chaque tunnel, une série de perforations dessine les constellations du Dragon, de Persée, de la Colombe et du Capricorne. Cette dernière, notamment, n’est visible que lors du solstice d’hiver. Le diamètre des ouvertures varie selon l’éclat des étoiles qu’elles représentent, projetant à l’intérieur des tubes sombres une constellation de points lumineux activés par le soleil, la lune et la rotation de la terre. Nancy Holt parlait à ce propos d’une inversion de la relation ciel/terre, faisant descendre le cosmos à l’échelle humaine et invitant le visiteur à en faire l’expérience physique.

Nancy Holt elle-même campa sur place durant de longues périodes, observant les variations de lumière et de couleur, et réalisa en 1978 un film documentant ces transformations lentes, presque imperceptibles. L’artiste souhaitait d’ailleurs que les visiteurs s’arrêtent, contemplent, voire dorment près des Sun Tunnels, tant qu’ils ne perturbent en rien le paysage. L’œuvre ne célèbre en aucun cas la domination de la nature, mais rappelle notre inscription fragile dans un ordre cosmique plus vaste, où les saisons, la rotation de la Terre et le passage du temps conditionnent notre perception du monde.

Soumise aux intempéries, aux fissures du béton, aux impacts de balles et aux graffitis, l’installation fait actuellement l’objet d’une restauration menée par la Dia Art Foundation. Fidèle à la pensée de l’artiste, le projet ne cherche pas à effacer toutes les traces du temps : certaines altérations sont conservées comme autant de marques de la vie de l’œuvre. Sun Tunnels demeure ainsi un espace d’expérience où se croisent le regard humain, le paysage désertique et la lente respiration du cosmos.

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Elisabeth
Elisabeth
1 mois il y a

Très belle photo, pour une oeuvre surprenante, qui se rapproche de traditions millénaires et invite à l’apaisement, la méditation sur le temps, le cosmos…

Charlotte WILKINS
Administrateur
Répondre à  Elisabeth
1 mois il y a

Très bien dit, chère Elisabeth, un caractère universel dans cette œuvre. Et passer une nuit sur place doit valoir le détour !

nicole
nicole
1 mois il y a

j’apprécie tout particulièrement la diversité des oeuvres présentées…

Charlotte WILKINS
Administrateur
Répondre à  nicole
1 mois il y a

Merci beaucoup Nicole pour votre commentaire! Sans doute la formation École du Louvre, mais j’aime explorer des thèmes à travers les périodes et les cultures 🙂

Odile
Odile
1 mois il y a

Une surprise dans le désert, découverte pour moi de l’artiste et de la Fondation Dia Art. Explorer les relations entre la terre et le cosmos est bien humain et me rappelle les cercles de pierres ou Stonehenge ou encore les temples Incas, ou bien tant d’autres structures, grâce à votre choix d’oeuvre l’esprit voyage ! Belles couleurs sur cette photo.

Charlotte WILKINS
Administrateur
Répondre à  Odile
1 mois il y a

C’est vrai que la photo est belle ! Le lien avec Stonehenge est très pertinent en effet – une installation comme un outil pour décrypter l’immensité de la nature et le caractère inexorable du rythme des saisons. Merci !

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