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Epiphanie: Une adoration des mages pour le 6 janvier
Temps de lecture : 5 minutes
epiphanie Fra Angelico adoration des mages
Fra Angelico et Fra Filippo Lippi, L’Adoration des Mages, vers 1440-1460. Tempera sur bois de peuplier, diamètre : 137.3 cm. National Gallery of Art, Washington D. C.

L’iconographie de l’Épiphanie

Selon la tradition chrétienne, le 6 janvier correspond à l’Épiphanie. Ce terme, issu du grec ancien epiphaneia, qui signifie « apparition » ou « avènement ». Cette fête commémore l’épisode biblique de l’Adoration des mages. Son récit est issu de l’Évangile selon saint Matthieu (II:1-2), qui raconte que des mages, ou hommes sages, vinrent d’Orient jusqu’en Judée pour adorer Jésus, le roi des Juifs, qui venait de naître à Bethléem.

Communément appelés rois mages, leur statut n’est pourtant pas précisé dans la Bible. Ce n’est que vers le IIIe siècle après J. C. qu’ils furent identifiés comme des rois et que leur nombre fut fixé à trois. Par la suite, la tradition occidentale les nomma Melchior, Gaspard et Balthazar, respectivement rois de Perse, d’Inde et d’Arabie.

Une prestigieuse commande des Médicis

Cette version de l’Adoration des Mages présente une palette chromatique éclatante et une iconographie opulente qui foisonne de détails. Commandé par la famille Médicis, le panneau a la particularité d’avoir été réalisé par deux artistes distincts sur une période de vingt ans environ. En effet, l’œuvre fut vraisemblablement commencée par Fra Angelico vers 1440, laissée inachevée pour finalement être terminée par Fra Filippo Lippi. Un inventaire du patrimoine de Laurent le Magnifique réalisé en 1492 révèle que le tableau est l’une des pièces les plus chères de sa collection.

Un format circulaire

Le format rond, ou tondo, est apparu en Toscane au début du XIVe siècle, était très prisé à la Renaissance, sans doute en raison de la symbolique du cercle, évoquant l’infini et la perfection. Il est possible, eu égard aux commanditaires, que ce format circulaire évoque les boules des armoiries de la Maison de Médicis (cf. ci-contre).

Dans ce cas précis, il a sans doute également été choisi par analogie avec la forme des desco da parto, des plateaux communément offerts en cadeau de naissance aux jeunes parents à l’époque. Cet objet répondait parfaitement à l’iconographie de l’Adoration des mages, qui combine la thématique de la naissance avec celle des présents offerts au nouveau-né – en l’occurrence l’or, l’encens et la myrrhe.

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Blason des Médicis sur la façade de la Villa Medici à Rome

Une œuvre à deux auteurs

En leur temps, chacun des deux peintres, Fra Angelico et Filippo Lippi, furent à la tête de prestigieux ateliers, dont la renommée attira l’attention des mécènes, et notamment Côme de Médicis.

Fra Angelico rentra dans les ordres en tant que moine dominicain aux alentours de 1420 et commença sa carrière en tant que peintre de miniatures, illustrant des manuscrits. Il fut rapidement surnommé pictus angelicus (« peintre angélique »), en raison du caractère divin et raffiné de ses personnages. Dans ce panneau de L’Adoration des mages, la simplicité de la forme du visage de la Vierge et la délicatesse de ses traits – dignes d’une enluminure – est attribuée à Fra Angelico.

En revanche, les figures plus massives de Joseph et des rois mages, richement parés, sont davantage attribués à Filippo Lippi, qui fut très influencé par la peinture néerlandaise, et tout particulièrement par leur goût pour le rendu des matières et des textures. Si l’ensemble présente malgré tout une unité visuelle, c’est que Filippo Lippi fut lui-même fortement influencé par le style de son aîné Fra Angelico.

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Fra Angelico, Adam et Ève chassés du Paradis, détail de l'Annonciation réalisée vers 1430, conservée au musée du Prado à Madrid.

Un cadre étonnant

Lorsqu’on observe le paysage dans lequel s’inscrit la scène, il est amusant de noter que si cette dernière se déroule à première vue dans une étable – on retrouve la présence traditionnelle de l’âne et du bœuf, mais aussi de quelques chevaux dont s’occupent des palefreniers – cette étable semble « encastrée » dans une grotte! En fait, les peintres ont opté pour un compromis entre la tradition byzantine, selon laquelle Jésus serait né dans une grotte, et la tradition occidentale qui situe sa naissance dans une étable… 

A l’arrière-plan se dresse une architecture en ruines qui évoque l’effondrement de l’ordre ancien engendré par la venue du Messie. De mystérieux personnages nus se tiennent d’ailleurs debout sur les pans de murs et semblent déguerpir… peut-être s’agit-il de païens prenant la fuite? Dans tous les cas, leurs attitudes ne sont pas sans rappeler l’épisode d’Adam et Ève chassés du Jardin d’Eden.

L’avènement d’une ère nouvelle

A contrario, sur le toit de l’étable, on aperçoit un paon, animal dont la chair était réputée imputrescible et qui, à ce titre, est devenu un symbole d’immortalité. Associée au faisan, un autre oiseau noble, il incarne la richesse. Le message est clair: une ère nouvelle a débuté, celle du christianisme, et le règne de l’Enfant Jésus est annoncé comme étant éternel et prospère.

Un chien au premier plan, certainement symbole de fidélité, complète le bestiaire. Le parterre décoratif qui introduit le spectateur à la scène évoque une tapisserie médiévale de type millefleurs (cf. exemple ci-contre). Sa teinte sombre, combinée à celle des arbres sur la gauche, met en valeur les couleurs chatoyantes des vêtements.

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Flandres ou France - Tapisserie Mille Fleurs - XVIe siècle - Laine, 315 x 110 cm. Musée de la Chasse et de la Nature, Paris.

L’Étoile du Berger… perdue dans la foule

La scène présente une myriade de personnages, faisant office de cortège pour les rois mages, et qui se précipite également pour rencontrer l’Enfant Jésus… en voyant la file d’attente qui se prolonge de la gauche du tableau vers le sommet de la montagne et se prolonger jusqu’à la droite de la composition, on ne peut qu’avoir une pensée compatissante pour la pauvre Marie qui vient d’accoucher, et s’apprête à recevoir une foule digne de la salle de la Joconde un jour de forte affluence au Louvre…!

Parmi les nombreux personnages, saurez-vous repérer l’unique figure qui lève les yeux vers le ciel? Vêtu de rouge, il se trouve à dos de  cheval et a évidemment repéré la fameuse étoile du berger– en réalité Vénus – qui l’a guidé, comme les rois mages, vers Bethléem. 

Cette notion de lumière est d’ailleurs centrale à la fête de l’Épiphanie, dont l’étymologie est également dérivée du grec epiphanês, signifiant « éclatant » ou « illustre ».

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Fiol Mélanie
Fiol Mélanie
2 années il y a

Très intéressant, merci Charlotte !

Gaucher
Gaucher
2 années il y a

Superbe et passionnant! Qu’est-ce qu’on loupe sans commentaires… merci Charlotte!

Joni Wilkins
Joni Wilkins
2 années il y a

Fascinating that two artists were involved over a 20 year period! Loved the horse man scanning the skies and the decorative parterre in the foreground – a really lovely article, thank you Charlotte.

Charbonnel Muriel
Charbonnel Muriel
2 années il y a

Merci Charlotte pour cet “éclairage lumineux”… toujours aussi intéressant et détaillé!!! Cela affute notre oeil et compréhension devant
des oeuvres choisies fort à propos.

Mayer Michèle
Mayer Michèle
2 années il y a

Merci Charlotte et bonne année pour toi et toute ta famille
L’importance du commentaire sur un tableau et la vérification du temps qu’il faut passer pour regarder un tableau.
Bonne journée
Michèle Mayer

SANSON
SANSON
2 années il y a

Toujours aussi passionnant de se laisser guider par toi Charlotte! Heureusement que tu es là pour nous montrer le plus petit détail qui soit!! Bravo et merci de cet enrichissement culturel! bonne journée! Jocelyne

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